Crawler 4×4 made in France

Dans mon métier, on rencontre tout un tas de constructeurs et de bricoleurs plus ou moins doués et certains ont vraiment du talent (je vous invite à aller chercher dans les archives du magazine, avec plus de 2500 articles vous dénicherez des pépites). Et en cette année 2022, c’est Mathias qui a attiré mon attention, vainqueur du King Of France 2022 avec son Patrol Stock au mois de Juin, je le croise à Pirate 4×4 mais cette fois-ci avec un très joli crawler aux allures de mon buggy.

Crawler made in France mais inspiration US

Avant tout, voyons ce qu’est un crawler. Dans le domaine du tout terrain extrême, on a plusieurs disciplines et plusieurs grandes typologies de véhicules. Il y a ceux qui vont vite et qui sont capables de passer dans des pierriers énormes comme les Ultra 4, il y a ceux qui grimpent partout avec leur treuil, ce sont les véhicules de winch challenge, il y a les 4×4 faits pour la boue pour des épreuves comme les Breslau et il y a les trialistes. Ces derniers évoluent sur des zones généralement rocheuses et doivent suivre un parcours balisé par des petits cônes. Ces véhicules ont l’allure d’araignées avec un centre de gravité très bas, les grosses roues aux 4 coins, une importante réduction pour grimper aux arbres et des débattements importants. Pour info, le terme crawler vient du verbe anglais « to crawl » : ramper.

Mathias

Ce proto crawler a été réalisé par Mathias aidé de son ami Stéphane Réveil. Ils ont aussi bénéficié de la complicité d’Enzo, un membre de pirate 4×4 France et ingénieur de son état. Enzo est expatrié aux USA depuis plusieurs années, la dernière fois que j’ai pu le croiser c’était au King Of the Hammers. Ces trois-là sont fans de franchissement extrême et se sont inspirés d’un buggy réalisé par Jesse Haines, un célèbre fabricant de crawler aux USA. Enzo a relevé les cotes du buggy, longueur des tubes, des tirants et a noté tout un tas de détails pour que Stéphane et Mathias puissent s’en inspirer et y apporter aussi leur propres modifications. Il ont profité du confinement pour bosser dessus et en passant à peu près 1200 h de boulot ils ont sorti ce magnifique crawler qui a du coûter aux environs de 20 000 €.

Ce n’est cependant pas une copie conforme d’un Jesse Haines Fabrication mais ça s’approche.

C’est lors du rasso Pirate 4×4 2022 que j’ai pu approcher la bête et faire ces images.

Je ne peux m’empêcher en écrivant ces lignes d’avoir une pensée pour Joël et Noah et tous ceux présents …

en route pour l’essai

Première phase : construire le châssis tubulaire. Pour des questions de coût et de matériel disponible ce sont des tubes en TU37B de 40 mm et 2 mm d’épais qui vont être utilisés. Ça se cintre « facilement » à la Mingori. Ceux pour qui ce nom n’évoque rien, sachez qu’il s’agit d’une marque de cintreuses. Oui la machine qui permet de tordre les tubes si vous préférez. C’est rustique, artisanal et ça fonctionne avec de l’huile de coude pour le modèle à vérin manuel. On a un vérin qui va pousser le tube sur une forme en U que l’on choisit en fonction du coude que l’on veut faire. par contre ça n’est vraiment pas top si on veut travailler du tube en acier chromoly comme du 25CD4S plus costaud, plus résistant mais aussi plus cher.

crawler Pirate 4×4

Bon, donc après avoir coupé, plié, tordu, adapté, cintré, les deux amis sont passés à l’atelier collage ou plutôt soudure. Les voici avec une jolie cage sur laquelle ils vont créer les points d’ancrage pour les liaisons au sol.

On fait un montage à blanc avec les ponts de Patrol, puis on place donc les supports pour les rotules des tirants, les supports d’amortisseurs. On calcule comment tout cela va s’articuler et on crée de toutes pièces les différents éléments de fixation que ce soit côté châssis ou côté ponts.

crawler 4×4

Ponts et liaisons au sol du crawler

Comme je vous l’ai dit, Mathias a choisi des ponts de Patrol Y60. C’est costaud un peu lourd mais au moins le buggy sera collé au sol. Il mettra dedans des demi-arbres RCV et des mains meneuses Euro 4×4.

Le pont avant est doté d’un Detroit Locker (c’est un différentiel auto débloquant plutôt qu’un auto-bloquant, il se déverrouille automatiquement par exemple quand on prend un virage) et le pont arrière d’un blocage de différentiel pneumatique ARB.

Pour l’avant, on a un 3 links et un 4 links pour l’arrière alors que le châssis de Jesse est, lui, en 4 link des deux côtés. Ce choix c’était à la fois pour se différencier mais aussi s’est révélé plus simple à implanter, notamment au niveau du passage des pieds du pilote.

Qu’est-ce que ça veut dire un 3 links ou un 4 links, c’est simplement le nombre de points d’attaches sur le pont qui vont permettre de le maintenir en place. 3 links = trois tirants plus une barre Panhard, 4 links 4 tirants.

on voit bien le principe du 3 links, trois tirants + Panhard, notez le treuil qui sert à brider le débattement du pont avant et le radiateur (le long cylindre) pour la direction
vue sur le pont arrière, ici un 4 links : 4 tirants, deux sur les extrémités et 2 en V

Tout ça est monté sur des rotules uniball venant de chez Euro 4×4 Parts et les tirants en aluminium usinés de 40 mm de diamètre viennent de chez Christophe de chez CBMS, une valeur sûre.

Comme notre ami a choisi de créer un crawler à roues directionnelles aussi à l’arrière, il y a une petite subtilité, le pont arrière a été retourné et dans le pont avant on trouve les éléments d’un nez de pont arrière, sinon la couronne aurait tourné avec les dents en « marche arrière » ce qui risque de tout casser. En effet dans un engrenage, les dents en biseau sont faites pour avoir la puissance qui peut passer en tournant dans un sens, dans le sens opposé, le système est beaucoup plus fragile.

vue de près

Pour ceux qui ne veulent pas se prendre la tête à imaginer tout ce pourquoi du comment, sachez que en simplifiant, ça roule en marche avant quand on passe les vitesses :D, donc tout va bien.

Dernière subtilité, on a mis un peu d’angle sur les ponts afin de gagner quelques degrés sur les arbres de transmission, car ici quand on parle de croisement de pont, de l’angle il y en a !

Enfin un treuil Trex RC est monté à l’avant brider le débattement du pont avant dans les franchissements.

Enfin au niveau de la suspension, ici, on a choisi des airshocks Radflo 2″ de diamètre x 14″ de débattement. Qu’est-ce que c’est encore que ce truc allez vous me dire (si vous n’êtes pas un féru de mécanique).

les amortisseurs sont des airshocks de chez Radflo

Ce sont simplement des amortisseurs gonflables. Imaginez une pompe à vélo, bouchez l’extrémité et mettez dedans plus ou moins d’air pour que l’assiette de la voiture soit à plat. Si vous rajoutez de l’air le châssis va monter. Quand on comprime l’amortisseur la pression augmente et cela fait office de ressort en gros.

Par contre comme il n’y a pas de vrais ressorts, il faut bien penser à fixer des sangles pour limiter le débattement et ne pas tout arracher. Et bien voilà ce sont des airshocks.

Notre ami a mesuré environ 1.20 m de croisement !

un crawler inspiré de ceux produits par Jesse Haines aux USA
chouette un gros rocher à escalader

L’intérieur du crawler

L’intérieur est limité au strict nécessaire : sièges baquets et harnais pour la sécurité. Manomètre de température d’eau et de pression d’huile, démarreur , on / off, commande du blocage de différentiel ARB et du compresseur ARB, extincteur. Les deux commandes pour le frein séparé et le petit joystick pour la direction du pont arrière.

l’intérieur du crawler
de gauche a droite, joystick pour la direction arrière boîte de vitesses auto et freins séparés pour l’arrière
petit réservoir ATL et batterie lithium de voiture de rallye, siège baquet et harnais obligatoires pour la sécurité

Double direction

Pour se faufiler partout, quoi de mieux que 4 roues directionnelles. Le volant gère les roues avant, c’est logique non ? Et un petit joystick permet de faire pivoter les roues arrière. Ceci grâce à deux kits de direction hydrauliques PSC à vérin. Et l’engin a une agilité diabolique, il vire dans un mouchoir de poche, cerise sur le gâteau Mathias a poussé le luxe en mettant un kit de freins séparés pour l’arrière, pour encore pivoter plus court !

voilà l’utilité des deux ponts directionnels

Moteur et transmission

Alors pour motoriser ce véhicule Mathias a choisi évidemment un V8, ah non , un V6 alors, non plus … Il a jeté dans la cage un vaillant moteur de Suzuki Vitara 1.6l 16 soupapes (quand même … ) qui développe la puissance faramineuse de 95 ch, on entend rugir les chevaux euh, ah en fait pas vraiment … mais ça marche bien. L’astuce c’est à la fois la boîte automatique extraite d’un Vitara 8 soupapes car elle n ‘a pas de gestion électronique et surtout le kit de réduction dans la boîte de transfert de Samurai en 5:14.

moteur de Vitara 1.6l 16 s de 95 ch, le petit mano c’est pour la pression d’essence

Notons que le radiateur est passé à l’arrière il s’agit ici d’un radiateur / ventilo de Honda Civic.

radiateur de Honda Civic + ventilateur passé à l’arrière

Pneus et jantes

Du classique avec le montage de Maxxis en 40  » sur ds jantes à beadlock d’origine portugaises.

pneus Maxxis en 40 sur jantes à beadlock
ça grimpe à peu près partout
pirate 4×4 2022

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

AccueilEssai 4x4Préparations 4X4 & SUVCrawler 4x4 made in France
Quitter la version mobile