Tunisia Desert Challenge 2022

Ce mercredi 20 avril, tous les yeux étaient rivés sur l’organisateur. Après son pari réussi en novembre dernier, la caravane de Gert Duson retrouve le désert saharien et sa fascination d’un parcours légendaire, où va s’ajouter un frisson unique en terre Tunisienne. Tout commence dans une ambiance festive. Les masques tombent et le virus s’éloigne. C’est la raison pour laquelle le Rallye TDC a posé ses valises en plein printemps à Djerba pour cette deuxième édition. Si pour certains c’est une terre inconnue, pour d’autres des retrouvailles avec la bénédiction du Ministère des Sports du pays. Les organisateurs Gert Duson et Jean-Claude Kaket sont venus se familiariser l’hiver dernier avec le Sahara Tunisien pour préparer un tracé innovant. Adieu Covid, vivent les pistes ensablées dans ce magnifique pays, longtemps délaissé. Le sable ocre rougi par le soleil attendait avec impatience ces boulimiques du bac à sable et ce parfum d’aventure qui, lui n’attend pas ! Aventure, c’est juste le mot ‘’romantique’’ pour dire « problèmes ».

La parfaite organisation ces dernières années du MDC avait déjà conquis un nombre important de concurrents qui ne cessent de chercher l’aventure et un nouveau mode d’organisation. Dans les deux grands hôtels en bord de mer réquisitionnés, les visages, la joie et la bonne humeur sont intacts pour le grand plaisir des membres de l’organisation.

Pendant les temps forts de la pandémie, les traceurs ont eu largement le temps de peaufiner le Road-Book. Tels des vrais marins, Jean-Claude Kaket et ses compères ont tiré des bords de long et en large dans les dunes, ces deux derniers mois. Il faut dire que Gert Duson, fidèle à son trait de caractère, sérieux et chaleureux à la fois, a tout de suite été subjugué par la beauté des paysages, ainsi que par l’accueil de la population. Partout où il est passé, les habitants lui faisaient une haie d’honneur « Merci de revenir chez nous ». Ces sourires et ces mots d’encouragement ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd !

Un Rallye sur le devant de la scène dans la pure tradition

La particularité de cette épreuve, c’est que toutes les catégories sont représentées.

Au total, ce n’est pas moins de 30 nationalités présentes : autos, buggys motos et quads, SSV et camions, soit 750 pilotes, copilotes, assistance, accompagnants et mécanos, dont 158 Français. Un beau plateau consolidé par d’énormes camions d’assistances et de nombreux mécanos. À noter, la présence du pilote Nirina Ramanandraibe avec son SSV Can-Am #260, qui a fait le voyage de Madagascar.

L’encadrement a aussi été renforcé par 200 membres, tous aguerris de cette discipline. En tout, c’est environ 930 personnes sur cette caravane 2022.

Ici, c’est la Tunisie. La population attendait avec impatience les concurrents dans le Grand Erg Oriental avec ses hautes dunes d’El Borma, qui, d’ailleurs, n’ont pas à rougir avec celles de Mauritanie. Bac à sable, quand tu nous tiens !

Mais avant de s’élancer à bras raccourcis sur les pistes ensablées du Sahara, à Djerba, tous les véhicules sacrifient au rituel des vérifications administratives et techniques. Un passage obligé pour les équipages et leur machine. Tout y passe. Licence, passeport, assurance, permis, vaccin, fiche technique, casque, combi, gants, éclairage et extincteurs… Force est de constater que pour participer à cette course, il faut être habillé comme des vrais chevaliers qui s’apprêteraient à affronter un combat redoutable.

Le 21 avril, c’est un peu l’effervescence dans le parc. Un ciel bleu d’azur éclaire les visages dans une ambiance qui ressemble plus à des retrouvailles entre copains qu’à la veille d’une grande épreuve automobile internationale. Adieu la Covid, vivent les embrassades. Loin des yeux, loin du cœur, il faut dire que la plupart des concurrents ne se sont pas vus depuis vingt-cinq mois. On peut alors comprendre la décontraction des équipages.

Chose promise, chose due. Tunisie, nous voilà

Des pistes inédites et oubliées ont été spécialement ré-ouvertes pour le Rallye, non loin des oasis qui se fondent dans le sable ocre du mois d’avril. Lors du prologue du 22 avril, nous assisterons sans doute à une revanche du Dakar pour certaines écuries, qui ne sont pas venues ici pour faire dans la dentelle ! Mais n’oublions surtout pas les privés qui parfois viennent jouer les trouble fêtes. Parmi les pilotes et copilotes Français auto/moto/SSV on remarque quelques noms connus de cette discipline : Jérôme Pélichet, Pascal Larroque, Jean-Michel Polato, Thierry Bunel, Yvan et Véronique Dard, Xavier Panseri, Jérémy Halter, Delphine Crosse, Gabriel Pemeant, Jean Brucy, Antoine Galland, Mathieu Jaumard, Jean François et Marie Aline Ryo, Patrick Martin, Sébastien Delaunay, Renaud Niveau, Joël Labille, Sylvain Mautret, Delphine Delfino, Hugues Lacam, Max Delfino, Simon Vitse, Hugues Mollet, Antoine Galland, Patrick Martin, Stéphane Denecheau, Pascal Rollet, Xavier Lormand, Xavier Panseri, Cédric Rivet, Thierry Pitavy, Patrice Benoit, Rodolphe Dubost, Véronique Blandin, Claude Fournier, Matthieu Doveze, Neels Theric…

Au programme de cette édition, les équipages du TDC 2022 allaient découvrir la Tunisie comme personne ne l’a imaginée. Des pistes inédites et oubliées qui ont été spécialement ouvertes pour le Rallye non loin des oasis qui se fondent dans le sable ocre du mois d’avril.

Prologue

Vendredi 22 avril.

ES1 : Djerba/Djerba

Liaison 45 km – ES1- 55 km – Liaison 42 km

En début d’après midi, ils étaient 181 équipages à s’élancer sur un prologue de 40,52 km. Des pifs/pafs en enfilade, des gros cailloux qui bordaient les pistes sablonneuses et particulièrement glissantes. Le tout arrosé d’un sable ocre brûlé par le soleil.

Tout le monde attendait de voir comment allait se comporter l’armada MD Optimus. Finalement, les prototypes ont fait la démonstration de leur puissance sur cette petite spéciale parfaitement adaptée pour eux. Dans le désert, on ne triche pas, on ne ment pas, et personne n’est à l’abri d’une erreur, car la remise en question est permanente.

À bon entendeur… Bon, maintenant qu’on est là, il faut bien y aller, à la croisée des chemins de ce prologue.

L’équipage Français MD Optimus #319 Vitse/Lefèvbre qui signe le meilleur temps 00 :34 :18 devance ainsi l’autre équipage Français MD Optimus Belge #302 Lambilliotte/Lambilliotte de 13 secondes. Dans la catégorie camions, le DAF #508 casse son moteur sur la piste, s’en est terminé pour l’équipage Schoones/Schoones.

La catégorie SSV est remportée par le duo Français #210 Alvarez/Panseri sur Can-Am.

Simon Vitse #319 « C’est une première pour nous deux. Moi qui viens du monde de la moto, je me suis régalé, des pistes que j’adore, sinueuses et glissantes. Du vrai pilotage. Je suis ici d’abord pour apprendre, mais aussi pour tester le véhicule et si besoin, le faire évoluer. Pour une première, ça ferraillait dur dans l’habitacle ».

Véronique Dar #315 Toyota

« Quand on sait que notre Toy dépasse les 250 000 km de course et qu’il est encore au départ de cette magnifique épreuve, je pense qu’il y a encore de beaux jours à venir pour lui. Avant le départ, je lui ai demandé s’ il était d’accord pour que je l’inscrive sur un Raid Historique ? Il m’a ri au nez ! Contrarié, il s’est mis en panne, impossible de le remettre en selle ! ».

Pascal Rollet et Stéphane Denecheau # 255 SSV Can-Am

« Sur un prologue, on n’est jamais pressé, car le temps travaille en notre faveur. Un bon copilote comme Stéphane va m’aider à maîtriser mon impatience, puisqu’il sait que les prochains jours seront longs et difficiles, et que rien ne sert de courir dans les premiers kilomètres ».

Classement prologue

Auto/Buggy

1 #319 Vitse/Larroque (FR) MD Rallye

2 # 302 Lambillotte/Lambillotte (Bel) G-Rallye

3 #314 Housset/Minaudier (FR) MD Rallye

SSV

1 #210 Avarez/Panseri (FR) Can-Am

2 #216 Weljs/Rietveld (NLD) Arcane

3 # 207 Van Kasteren/Snijders (NLD) Arcane

L’épreuve du feu

Samedi 23 : Djerba/Matous

ES2 : Liaison 115 km– Spéciale 354 km

Départ 5h30 du matin pour le départ de la première moto qui prendra la direction de la zone militaire d’El Borma, toujours interdite aux civils. Fort de leur succès de la veille, les Optimus s’élancent à bras raccourcis derrière les motos. Changement d’environnement par rapport à la veille, Les cinquante premiers km sont des changements de cap fréquents en enfilade avec de nombreux pièges. Les dangers !! et I !!! obligent les navigos à rester concentrés sur les instruments de bord. Au menu : Des escaliers en montée et en descente, des trous, des ornières et des oueds profonds qui deviennent le dessert de ce menu chargé en émotions.

Contrairement au prologue, cette longue spéciale très technique favorisait plutôt les meilleurs copilotes de cette discipline. En fin copilote de l’écurie South Racing, Sébastien Delaunay sur Can Am #204 a réussi à s’emparer de cette spéciale au nez et à la barbe des MD Optimus. Son pilote Van Loon ne peut être que satisfait de la prestation de son coéquipier. Horreur, malheur, le SSV #220 et le Toyota #217 rentrent avec le camion balai. Le #317 rentre aux stands sur le camion balai, le #222 à la ficelle. C’est une journée qui laisse des traces pour l’équipage #354 Cousin Damien et Estelle Kazmierczack. Un accident en pleine piste qui aurait pu être plus grave. De ce fait, la direction de course a réagi rapidement en envoyant un hélicoptère sur les lieux de l’accident. Estelle a tout de suite été prise en main par l’équipe médicale et héliportée à l’hôpital le plus proche.

En Auto/Buggy, l’équipage #304 Pélichet/Larroque MD Rallye remporte cette ES2, 04 :25 :38 devant l’équipage #305 Belge MD Rallye de 0, 08 :13. Dans la catégorie SSV, c’est une véritable bagarre qui s’est engagée entre deux grands copilotes. D’un côté Sébastien Delaunay qui remporte la spéciale avec Van Loon Erick #204, Can-Am, suivi de son adversaire et néanmoins ami le copilote Max Delfino#215 qui navigue Hugues Lacam, Can-Am.

Pascal Rollet #255 Can-Am

« Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. Aujourd’hui, on a eu un problème de moteur. J’espère que les mécanos vont trouver la solution cette nuit, car pour l’instant, j’ai plutôt envie de jeter l’éponge, heureusement que mon copilote Stéphane Denecheau est là pour me remonter le moral ».

Classement général ES2 : 4×4 Buggy

1 # 304 Pelichet/Larroque (FR) MD Rallye

2 #319 Vitse/Lefebre (FR) MD Rallye

3 #305 Imschoot/Imschoot (BEL) MD Rallye

SSV

1 # 204 Van Loon/Delaunay (FR) Can-Am

2 # 215 Lacam/Delfini (FR) Can-Am

3 # 211 Box/Verschuuren (NLD) Can-Am

Un retour aux sources avec cerise sur le gâteau, une boucle d’enfer

Dimanche 24. Boucle Matous/Matous

ES3 : Spéciale 305 km

Si un Rallye-Raid méritait bien son nom en terre Africaine, c’est bien la deuxième édition du Tunisia Desert Challenge. Au delà de la performance sportive qui promettait d’être rude dans tous les domaines, le parcours devrait régaler tous les participants.

Au briefing de la veille, Gert Duson avait prévenu « Demain sera une journée compliquée et particulièrement longue pour certains. Vous roulerez en terre hostile avec deux passages de dunes sur 45 km, pas si simple. Vous allez aussi trouver beaucoup de langues de sable, des pistes cassantes et sablonneuses. Face au désert, il faut toujours rester humble. Voilà, je vous ai tout dit. À si j’oubliais, prenez avec vous beaucoup d’eau et votre sac de couchage, on ne sait jamais ! ».

Pas fier ce matin, l’équipage Yvan, Véronique Dard #315 était condamné à partir en deux roues motrices pour affronter ces fameuses dunes dont tout le monde parlait depuis plusieurs jours. Ils ont cassé le pont à 50 km du départ, les dunes ça se fait quand même en deux roues la preuve… En attendant, Jean-François, Marie-Aline Ryo#350 (Toyota) terminent les derniers préparatifs avant un départ matinal.

Des tempêtes de sable en décor surnaturel, de désert en désert, les légendes de cette discipline se bâtissent avec des héros amateurs qui affrontent en permanence les obstacles. C’est ça le Rallye Raid, des histoires d’hommes et de femmes avec des moments qui marquent leur existence.

Alors, en avant Guingand ! Ce fût une spéciale qui ne laissera personne indifférent, d’une part par le tracé inédit et d’autre part par la lecture du Road Book qui ressemble aux plus belles années du Rallye de Tunisie NPO, d’antan. Si les pros évitent les pièges du tracé, les néophytes allaient jardiner quelques heures, à l’image de la page 23 et de son Cap 52°, peu évident, ou encore à la page 6 et 38. Le marchand de sable est passé ! Dès les premiers km, plusieurs dizaines de véhicules étaient déjà plantés jusqu’au châssis. Tous les équipages dégonflent les pneus à la hâte pendant que d’autres sortent les plaques de désensablage pour essayer de se sortir de ces mauvais pas. Le soleil étant au zénith, la fatigue commençait à se faire sentir sur les organismes. Gert Duson ne croyait pas si bien dire la veille. En effet, une étape d’enfer qui va rester dans les mémoires. Dès le début du passage des cordons de dunes, le PC course ne cessait de recevoir des signaux, car une grande partie de la caravane était plantée dans le sable mou. À l’arrivée, les premiers de cordés attestent de la difficulté du jour. Un sable non porteur, une nav très compliquée et quelques petites erreurs d’appréciation de la lecture du Road Book.

Le Petit Prince s’en est allé. Le Tunisia Desert Challenge est en deuil.

Sous la voûte étoilée du bivouac, lorsque l’organisateur a annoncé au briefing cette tragédie, nos yeux étaient mouillés par la tristesse. À cet instant, toute la caravane retenait son souffle, puis, tout le monde a levé les yeux au ciel pour voir s’il y avait une nouvelle étoile au-dessus de nous. Oui, il y avait bien une étoile de plus pour nous éclairer sur nos qualités, mais aussi sur nos défauts, mais il ne suffit pas de regarder les étoiles, mais de devenir une étoile. Gert Duson eu la lourde tâche d’informer la mauvaise à la famille et à ses proches.

Le motard Français #114 KTM, Matthieu de Saint-Exupéry, inscrit sous l’association ‘’Les Ailes du Petit Prince’’ est décédé dans les dunes, sans doute à la suite d’une hyperthermie.

Matthieu de St Exupéry, participait pour la première fois à un Rallye Raid. Fatigué de relever sa moto maintes et maintes fois, il décide de se poser un instant pour récupérer. Non loin, plusieurs SSV plantés dans le sable décident d’aller à sa rencontre pour lui donner un peu d’eau. À cet instant et selon les pilotes des SSV tout était normal. À bout de force, Matthieu décide de prévenir le PC course. Aussitôt, l’équipe du PC course réquisitionne un hélicoptère et l’envoie à sa rencontre pour voir ce qui se passe. Sur place, l’hélicoptère ne peut pas se poser en haut des dunes. Des bouteilles d’eau sont alors lancées à quelques mètres de lui. Matthieu fait un signe de remerciement. Quinze minutes plus tard, l’hélicoptère décide de retourner au point GPS de Matthieu pour voir si tout allait bien, le médecin à bord ne peut que constater le corps sans vie du jeune Matthieu de Saint-Exupéry. Le corps médical a tout fait pour le réanimer. C’est la stupeur, le Petit Prince est allongé dans le sable sans vie à côté de sa moto.

Celles et ceux qui pratiquent le sport extrême savent que les grosses chaleurs et l’épuisement physique sont souvent à l’origine des hyperthermies. Vous pouvez boire des litres et des litres d’eau, plus rien n’y fait, c’est déjà trop tard.

À 35 ans, Matthieu de Saint-Exupéry rejoint un illustre membre de sa famille, Antoine de Saint-Exupéry (Poète, écrivain, aviateur et reporter), qui lui aussi avait rejoint le 31 juillet 1944 les cinq cents millions d’étoiles qui brillent dans le ciel.

Matthieu courait pour l’association  »Les Ailes du Petit Prince »

« J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler, jusqu’à perdre toutes mes espérances dans le désert du Sahara Tunisien. Quelque chose s’est cassé dans cette aventure. Comme j’étais seul et sans passager, je me préparai à sortir de cet enfer, tout seul. J’avais à peine de l’eau à boire, mais tout le monde est venu à mon secours, organisateur, PC course, concurrents en SSV, hélicoptère, médecin… Puis, je me suis endormi dans les dunes au km 148,46 en plein milieu de l’océan de sable, auprès de ma moto ».

Sans doute un rêve de gamin longuement mûri depuis des années. Le Petit Prince laisse une femme et trois enfants dans une très grande tristesse. Bien entendu, comme à chaque drame en Rallye Raid, la course continue, mais le cœur n’y est plus. Vues les circonstances, l’organisation décide de réduire la spéciale de 90 km, dont un gros cordon de dunes, soit 216 km au lieu de 305. Gert Duson « je tiens à le répéter, si vous qui êtes en voiture ou en camion et que vous voyez un motard vous faire signe, allez tout de suite, allez sur lui le plus rapidement possible pour voir ce qui se passe. Entraide, entraide, entraide ». SVP, restez tous solidaires les uns envers les autres et plus particulièrement avec les motards, qui eux, sont souvent seuls dans cette immensité ».

Malgré le drame qui frappe la caravane, la course continue.

L’équipage #304 Pélichet/Larroque du Team MD Rallye remporte pour la seconde fois, l’étape ES3, devant Simon Vitse. Dans la catégorie SSV, c’est l’équipage #204 Van Loon/Delaunay Can Am (FR) qui fait scratch, avec une petite minute d’avance devant l’équipage #215 Lacam/Delfino Can-Am (FR)

Les copilotes ont dit : Delphine Delfino, Sébastien Delaunay, Max Delfino et Jean-Michel Polato « Aujourd’hui, la nav était particulièrement difficile, il fallait rester très vigilant, car la moindre erreur pouvait être fatale. D’ailleurs, nous avons plus ou moins jardiné à plusieurs endroits. Cette spéciale va marquer les esprits, par sa difficulté et sa diversité ». À l’arrivée, les concurrents sont tellement épuisés que la moindre goutte d’eau est une bénédiction.

Delphine Crosse #217 Can-Am

« Incroyable cette spéciale. Je ne pensais pas m’en sortir aussi bien. C’est aujourd’hui que je me rends compte du travail accompli depuis ces dernières années. J’ai découvert une vraie étape de Rallye Raid, compliquée en pilotage et en nav ».

À 21h00, il restait encore une vingtaine de concurrents plantés dans les dunes.

Classement général ES3 : 4X4/Buggy

1 #304 Pélichet/Larroque MD Rallye (FR)

2 #319 Vitse/Lefevbre MD Rallye (FR)

3 # #314 Housset/Minaudier MD Rallye (FR)

SSV

1 # 204 Van Loon/Delaunay (FR) Can-Am

2 #215 Lacam/Delfino Max (FR) Can-Am

3 # 210 Alavarez/Panseri (FR) Can-Am

Une spéciale mythique

Lundi 25. Matous/Ksar Ghilane

ES4 : 217 km

Ce matin, les visages sont tristes et les traits sont tirés. Pas un concurrent, pas un membre de l’organisation ne peut oublier la disparition de Matthieu.

La première moto est lancée à 8h00 sur cette étape raccourcie extrêmement rapide. L’ennemi d’aujourd’hui, c’est la poussière ocre qui voltige depuis ce matin sur les pistes asséchées. Il y a aussi des pistes très rapides et sablonneuses sur PP, un peu de dunes, des oueds asséchés avec des grosses pierres. Finalement, l’étape annoncée n’était simple pour personne, avec des changements de cap pas évidents. Sur la ligne de départ, les mâchoires des pilotes sont serrées, l’angoisse de la panne, mais aussi la joie d’une éventuelle victoire qui se profile à l’horizon ? C’est humain, car parfois, les rêves peuvent passer au cauchemar et c’est là que les tactiques les plus élaborées, se fracassent contre les réalités primaires du désert.

Les premiers ennuis arrivent rapidement pour l’équipage #312 Thierry Bunel et Jean-Michel Polato. Le véhicule s’arrête au Km 40, contraint de faire demi-tour pour réparer des composants électroniques. Alors qu’ils étaient 7e au général, ce matin, le chat noir que nous avions laissé au mois d’octobre au Maroc refait son retour en grande pompe pour emme… le monde !

Delphine Crosse SSV Can-Am #217

« Ce soir, je ne sais pas comment je me retrouve 16e au général. Il faut dire que mon copilote Gabriel Pemeant fait un sans faute depuis le début. Ces bons résultats sont aussi à partager avec toute mon équipe qui travaille d’arrache-pied pour remettre le véhicule à neuf tous les soirs. En même temps, je ne vais pas me mettre la rate au court bouillon. Demain sera un autre jour ».

Patrick Martin #306 Mercedes Tarek

« Aujourd’hui, les dunes n’étaient pas très hautes, mais pas faciles à passer. Mon navigo Romuald Grimaud n’arrêtait pas de tirer des bords comme un Capitaine de vaisseau qui cherche à s’emparer du détroit de Magellan, tels des flibustiers qui se jettent à bras raccourcis dans la mer de sable. Ohé du bateau ! »

Classement général ES4 : 4×4/Buggy

1 #319 Vitse/Larroque (FR) MD Rallye

2 #304 Pélichet/Larroque (FR) MD Rallye

3 # 314 Housset/Minaudier (FR) MD Rallye

SSV

1 #215 Lacam/Delfino Max (FR) Can-Am

2 # 210 Alvarez/Panseri (FR) Can-Am

3 # 204 Van Loon/Delaunay (FR) Can-Am

La source d’eau chaude pour certains, la douche froide pour d’autres !

Mardi 26. Ksar Ghilane/Ksar Ghilane

ES5 : 216 km

Cette étape, initialement prévue de 322,05 km, a été raccourcie à 216 km.

Dès 7h00, les motos s’élancent sous un vent violent qui drape d’un blanc manteau les moindres traces. Des tempêtes de sable en décors surnaturels, de désert en désert, les légendes de cette discipline se bâtissent avec des héros qui affrontent en permanence les obstacles. Outre les vents violents de ce jour, c’est une spéciale apparemment sans difficultés où il faudra malgré tout rester vigilent sur la nav. La poussière devient l’ennemi de tous, stagnante entre les épineux, elle brouille les pistes déjà peu visibles. Le terrain d’aujourd’hui est glissant et piégeux avec de nombreux devers et de nombreux freinages en courbe, puis retour sur des pistes I I I très rapides sur 10km, style WRC. Un excellent condensé de ce qui attend les pilotes, car le comportement de chacun n’a d’intérêt que s’il a un sens. À peine parti, à tout juste revenu. Au km 37, le véhicule de l’équipage SSV #204 Van Loon/Delaunay laisse un triangle dans un trou. Retour au bivouac pour réparer.

Au même endroit, le Camion #501 DAF de Co de Wit se fracasse aussi dans le même trou. Se plaignant du dos, le navigo a été héliporté par mesure de sécurité à l’hôpital le plus proche. Quant à Vitse/Lefèbvre #319 MD Rallye, actuel leader, c’est la boîte de vitesses qui rend l’âme. Malgré tout, l’équipage remporte le scratch en devançant d’une petite minute le #304 Pélichet/Larroque MD Rallye. Il faut dire que depuis le départ, la mécanique est soumise à rude épreuve. Un grand pilote des 24 Heures du Mans disait « Il faut toujours respecter sa mécanique sinon, elle s’en souviendra toujours et elle vous lâchera au plus mauvais moment ».

Au classement général, trois petites minutes séparent les deux MD Rallye #319 et #304. Côté SSV, c’est une mauvaise journée pour l’équipage #204 Van Loon/Delaunay. Dès la sortie des stands, la boîte rend l’âme. Panique à bord, impossible d’aller plus loin. Tous les mécanos se jettent sous le véhicule, mais grâce à l’aide de Philippe Pinchedez, le SSV repart tout de même avec une heure trente de retard, tout en restant deuxième au classement général, juste derrière le SSV#210 Alvarez/Panseri. Chassez le naturel, il revient au galop ! Alvarez/Panseri #210 en profitent pour remporter le secteur sélectif de la journée.

À l’arrivée, tous les concurrents tiennent le même discours « Une spéciale magnifique, il y avait vraiment de quoi se faire plaisir, du pilotage en glissade, des belles dunes et un environnement de toute beauté. Les dunes ressemblaient un peu à celles de Merzouga, où il fallait tirer des bords en permanence pour les passer ».


Yvan Dar #315 Toyota proto

« Terminés les petits ennuis de ces deux derniers jours (pont avant, injection…) Maintenant, la voiture fonctionne à merveille, malgré tout, l’examen reste permanent et la remise en question était totale, aujourd’hui. Parfois, notre véhicule bondissait comme un cabri entre les dunes, comme si, il retrouvait sa liberté. Ce qui est dangereux, c’est de ne pas avoir peur de ces hautes dunes. Véronique et moi-même savons pertinemment qu’un risque doit toujours se calculer et se prendre en toute connaissance de cause, car face au sable mou et extrêmement fin, il faut constamment être concentré. Même à faible vitesse ».

Niveau/Labille #245 SSV Can-Am X3

« Pour nous, c’est notre cinquième Rallye et la première fois en Tunisie. La course est différente de celles que nous avons connues, surtout avec ces grandes dunes. Ici, elles sont beaucoup plus compliquées à passer. C’est une multitude de montagnes de sable, plus difficiles les unes que les autres. Il faut être très vigilant, car tu peux vite aller au tas ! Aujourd’hui, la spéciale était magnifique ».

Classement général ES5 4×4 Buggy

1 #319 Vitse/Lefebre (FR) MD Rallye

2 #Melichet/Larroque (FR) MD Rallye

3 #309 Van Eikeren/Van Kruijsdijk (NDL) Toyota

SSV

1 # 210 Alavarez/Panseri (FR) Can-Am

2 # 204 Van Loon/Delaunay (FR) Can-Am

3 # 245 Niveau/Labille (FR) Can-Am

Mercredi 27 : Ksar Ghilane/ Douz

ES6

Sur les conseils de Jean-Claude Kaket et de Jean-Marie Lurquin, Gert Duson annule l’étape Ksar Ghilane/Douz. La raison invoquée des organisateurs est la suivante : Il y a encore trop de véhicules dans les dunes. Les chauffeurs des camions balais n’ont pas dormi depuis 72 heures, aussi, je ne veux pas leur faire prendre plus de risques. De plus, la météo locale annonce une tempête de sable pour demain. Autrement dit, je ne suis pas sûr que les hélicos pourront décoller. Tout le monde prendra le goudron pour se rendre directement à Douz. Cette journée de repos non programmée tombe à pic pour les concurrents, puisque c’est une véritable tempête de sable qui s’est abattue sur la ville de Douz.

Sous la voûte étoilée avec R2-D2

Jeudi 28 : Douz/Stars Wars

ES7 : 355 km

Du sable et encore du sable au menu de cette étape qui devrait normalement apporter son lot de surprises sur les forces en présence. En dehors du bac à sable, le parcours ne révélait aucune grande difficulté, mais la succession de changements de cap s’annonçait usante pour les hommes et les machines, mais aussi des plus motivantes pour déclarer la guerre sur ce terrain propice aux meilleures lames de l’écurie MD Rallye, au profil aiguisé. Cette septième spéciale comportait aussi plusieurs dangers III. Mais compte tenu de la dégradation de la météo, le départ de la première moto avait été décalé à 10h00. Plus le temps passait, plus les conditions devenaient défavorables. C’est donc avec regret que Gert Duson stoppe les premières motos. Finalement, toute la caravane reprendra le goudron pour se rendre directement à Star Wazs.

Vendredi 29 : Star Wars/Star Wars

ES8 : 303 km

Une échappée au long court sur cette ultime spéciale qui pourrait bien avoir un rôle de juge de paix. Encore une fois, les conditions climatiques obligent l’organisateur à modifier ses plans. La spéciale est ainsi, réduite à 250 km. Au menu, les dunes et dunettes avec 45 km de HP/MVS. Des pistes sinueuses, palmeraie étroite, pistes de WRC sur 4 km avec danger !!!!, puis un finish dans les dunettes pour passer sous l’arche de la deuxième édition du TDC 2022.

Pour des questions de suprématie, les trois premiers étaient bien décidés à s’imposer dans cette ultime spéciale. Tout allait donc se jouer sur cette dernière entre les trois équipages Français de l’écurie MD Rallye Optimus. Ce matin, les visages étaient marqués sur la ligne de départ, mais la quasi-totalité des concurrents devrait être logiquement au bivouac, en début d’après-midi. Les trois premiers se regardent de près, car dans cette longue ligne droite avant d’arriver sous l’arche, la chasse à l’homme est ouverte, avant de pouvoir fêter dignement une semaine de course instance et de fortes émotions.

Finalement, c’est l’équipage #319 MD Rallye, Simon Vitse/Frédéric Lefevbre qui remporte un quatrième scratch avec huit minutes d’avance sur le duo Pélichet/Larroque.

#319 Simon Vitse/Frédéric Lefébvre. MD Rallye

« Pour la dernière, j’ai ouvert en grand et ça a payé. Cette épreuve m’a permis de mieux maîtriser l’Optimus. C’est un véhicule extraordinaire qui est capable de vous emmener en haut des sommets. Il faut dire aussi que Frédéric met la barre haute en navigation. De toute façon, nous allons encore nous améliorer, conclusion, nous sommes conscients qu’un marchand de sable, ne fait jamais fortune dans le désert, c’est bien connu. En revanche, un beau trophée dans sa catégorie, çà, ça vaut de l’or ! »

#304 Jérôme Pélichet. MD Rallye

« Rien à dire, on a été battus à la régulière. Simon Vitse était plus rapide que moi. Ce jeune pilote est comme un rasoir à deux lames, d’abord, il provoque, ensuite il met KO ses adversaires ».

Claude Fournier/Véronique Blandin #239. SSV Pinch Racing Can-Am Maverick

« Pour moi et ma copilote, c’est notre premier rallye raid. Thierry Sabine avait raison de dire « Faire vibrer ceux qui partent et faire rêver ceux qui restent ».

En ce qui me concerne, j’en avais rêvé pendant des années même si j’avais goûté aux courses de côtes, mais là, c’est autre chose. Un environnement compliqué avec une météo récalcitrante. Heureusement, le véhicule était bien préparé et parfaitement remis sur pied tous les soirs, par les mécanos. Lorsque je pense au chemin parcouru depuis la recherche du budget et de notre passage sous l’arche, je me dis que ça valait le coup de se battre. Nous terminons dix-neuvième au classement général des SSV, ce n’est pas si mal ».

#204 Sébastien Delaunay/Erick Van Loon. SSV Can-Am

« Dommage que nous ayons perdu une heure trente à cause d’un triangle, car nous avions les moyens de passer devant l’équipage #210 Alvarez/Panseri, qui termine premier au classement général des SSV ».

Sur cette course, il est important de souligner la parfaite implication de tous les membres de l’organisation (Corps médical, logistique, CP, catering, chronométreurs, PC course, photographes, journalistes, traceurs, pilotes d’hélicoptères, camions balai, ravitaillement, ainsi que toutes les autres personnes qui travaillent dans l’ombre. Sans eux, il serait impossible d’organiser un telle épreuve.

Clap de fin. Le pari réussi de Gert Duson transforme tous les rescapés en vainqueur.

Classement général final Tunisia Desert Challenge

Auto/Buggy

1 #319 Vitse/Lefevbre (FR) MD Rallye

2 #304 Pelichet/Larroque (FR) MD Rallye

3 #305 Imschoot/Imschoot (BEL) MD Rallye

SSV

1 #210 Alvarez/Panseri (FR) Can-Am

2 # 204 Van Loon/Delaunay (FR) Can-Am

3 #245 Niveau/Labille (FR) Can-Am

Camion

1 #503 Bouwens/Wade/Boerboom (BEL) IVECO

2 #506 Rotsaert/Raes/Rotsaert (BEL) MAN

3 #509 Hoondert/de Vos/Riezebos (NLD) DAF

Moto/Quad

1 #101 Botturi (ITA) Yamaha

2 #103 Doveze (FR) KTM

3 #122 Neels (FR) KTM

Texte : Gilles David

Photos : Nicolas Mailfait Stévenin

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