Porsche Cayenne S 4,5 L V8

Porsche Cayenne S 4,5 L V8 de Markus Walcher.

Du piment dans le SUV !

Les SUV transfigurés en vrais 4×4… y sommes nous ? En tout cas ça vient ! Il y a maintenant une dizaine d’années, la mode des imposants SUV de luxe faisait fureur dans nos villes et campagnes, pas un constructeur mondial qui se respecte n’y échappera. Finie la berline et pour quelques centimètres de plus, monté sur une transmission à 4 roues motrices, on s’offre le look aventurier avec le confort des temps modernes. Dix ans plus tard, stigmatisé par la vague verte, qui en veut encore ? Moi… Réponds Markus Walcher, face au Cayenne S de son père Gerhard.

L’ effet boomerang de la formule publicitaire …“Pas assez chère mon fils“… Prend ici tout son sens face à ce modèle 2004 qui ne vaut même plus le prix d’une Kangoo neuve. C’est le monde à l’envers, autant profiter jusqu’au bout de la piste des atouts de cette magnifique machine, fleuron de l’industrie automobile Allemande. La Porsche préparée vivra sa retraite loin de l’asphalte, Markus se lance sur le GORM, un Championnat TT Allemand tout à fait original qu’il remporte en 2010. Une première étape sur le roadbook de ce jeune talent. Expérience acquise, la dernière case de ce chemin initiatique semé d’embûches devrait l’amener TDSPP vers un premier Dakar. Mais avant, c’est cap 180° vers les dunes Marocaines.

Les dunes en Cayenne, c’est pas le bagne…

Les jeunes Marocains attroupés autour du parc fermé du Tuareg Rally à Missour, s’écriaient…C’est Shumacher, hé Shumi !… Flatteuse comparaison pour Markus Walcher, jeune Allemand, blond, grand, aux épaules carrées, qui dans sa combinaison de pilote, avait tout du célèbre sportif, icône mondiale de la F1. Posant patiemment pour nous en famille, devant sa Porsche Cayenne, nos petits curieux avaient bien repéré le cheval qui trône aussi sur le logo de la marque Allemande. Si la comparaison s’arrête là, Markus est déjà bien une star dans le monde de l’off road outre Rhin, puisqu’il vient de remporter à seulement 23 ans le Championnat GORM 2010 (German Off Road Meistershaft), en catégorie de “Standard“ (2 autres catégories “Prototype“ et “Modified“). Belle performance pour ce Rooky, qui, s’il débute à bord d’une Porsche (ça aide), a su gérer les 5 épreuves de l’année sans faute à bord d’une auto presque de série, comme l’était la regrettée classe “Marathon“.

Off road de père en fils…

Il faut dire que notre jeune champion a de qui tenir. En effet, si son père Gerhard lui a gentiment offert cette Porsche familiale (et professionnelle) de 2004 qui comptait 236 000 km au compteur, c’est que l’appel de l’aventure mécanique, il l’a connu. À 53 ans, le sérieux patron de Carver bike (Mountain bike and Trekking bike) à Dresdes, n’oublie pas ses débuts lorsqu’ à partir de 1986 il se lance sur les Paris-Dakar. Gerhard Walcher faisait partie des furieux qui s’y sont aventurés en Side car ! L’engin BMW 1000 cm3 était de sa conception et innovait avec ses deux roues motrices …Préparé sur la base du pont arrière d’une 318 de l’époque et de six mètres de tubes acier, il fallait être jeune et un peu fou… Se souvient-il encore en souriant. Avec cette machine démoniaque, il participera aux Dakar par intermittence jusqu’en 1991 ainsi qu’à quelques rallyes des Pharaons. Passées les folles années, Gerhard reprendra le chemin de Dakar en 2004 à bord d’un camion Scam (-de 3,5 T), puis en 2006 avec un Unimog U 400 flambant neuf (400 ch) qu’on a pu voir sur la dernière édition Sud Américaine. Si celui-ci sera de nouveau de la partie en 2012, il est depuis un an le camion d’assistance de Markus lors du Championnat et présent sur le Tuareg Rally aujourd’hui.

Préparation réduite…“Standard“ GORM.

D’une certaine façon, Le fiston profite de l’expérience acquise par Papa. Pas question de faire l’erreur d’aller participer directement au Dakar sans expérience…. Débuter à bord d’une Porsche Cayenne est déjà un super cadeau, je ne l’oublie pas, c’est une chance d’apprendre avec d’entrée plus de 300 ch sous le capot. La catégorie “Standard“ regroupe de nombreux débutants, le meilleur moyen d’apprendre… Nous explique Markus. Mais, le plus important fut certainement la préparation que père et fils ont réalisé ensemble dans l’atelier au fond du jardin. Si certains trouvent leur compte à retaper la 4CV de Papy, chez les Walcher, c’est sur une Porsche 4×4 qu’on se penche sérieusement, passion pour l’off road oblige.

C’est côté budget que nous pouvons apprécier les bienfaits de cette catégorie “Standard“. Tels les “Marathon“ d’antan, si le règlement oblige au minimum de matériel de sécurité obligatoire, on ne peut changer que les suspensions. Vous voulez du monde en rallye raid ? Qu’attend-on pour recréer cette catégorie démocratique, s’il en est ? Le T2 c’est déjà trop de modifications autorisées et ne parlons pas du coût, lorsque par exemple, on renforce tout un ensemble châssis/ caisse ! ici, notre budget ne dépassera pas les 13 000€.

La Porsche est dans le garage, c’est parti pour quelques week end studieux. Commençons par ces fameuses suspensions, qui sur le Cayenne sont pilotées au choix “Confort“, “Normal“ et “Sport“. Pas vraiment compliqué ; Ils démontent tout le système d’origine! Ils remplacent l’ensemble par 4 amortisseurs Fox à bonbonnes séparées, combinés à 4 ressorts Eibach pour environ 65 mm de rehausse. Cet ensemble est fourni par la société Hollandaise très spécialisée 4Grip, lors des premiers essais, les amortisseurs arrière trop intégrés à la caisse avaient une fâcheuse tendance à la surchauffe. La solution Walcher ? Un puissant double ventilateur placé dans la caisse force l’air vers les corps d’amortisseurs via des conduits type Boa. Depuis l’adoption de cette solution inhabituelle, il n’y a plus de différence de réaction entre le train avant et arrière.

Et l’électronique dans cette histoire? Pas vraiment difficile pour Markus qui fait des études orientées vers le Développement automobile. Le bon prof passionné de sport auto, ce n’est pas difficile à trouver. En une journée, ESP, ABS, ASR, PSM (Porsche Stability Management), volant multifonctions, clé, anti- démarrage et autres sondes passent à la trappe. Fini le Vaudou du Can Bus, tout en prenant soin d’épargner le PTM (Porsche Traction Management) qui prend en compte les communications d’informations entre moteur V8, boîte automatique (Tiptronic 6 rapports), transfert (2 rapports) et les transmissions de ce 4×4 permanent équipé de deux blocages de différentiels (central et arrière). Le Cayenne conservera ainsi tout son piment…Sans les pépins !

Trêve de plaisanterie alors que nous abordons l’équipement obligatoire de sécurité. Là, rien que du classique et sérieux avec un arceau 8 points Eigo, deux sièges baquet Konig et harnais Sparco qui vont de pair avec extincteurs et coupe-circuit. Un réservoir homologué de 150 L vient s’ajouter à celui d’origine (100 L). L’arrière du Cayenne dépourvu de garnitures et de la banquette se voit aussi greffé de 2 roues de secours, 2 crics, 2 pelles, 4 plaques à sable et boîte à outils. On note la présence d’un compresseur Master et d’un réservoir d’air Viair (40 L) qui sont asservis au système de gonflage / dégonflage Téléflow embarqué. Une entorse au règlement du rallye raid, puisque ce système est aujourd’hui banni (en ce qui concerne la catégorie 4×4 en compétition). Un atout anti-galère dans les dunes à coup sûr, le Tuareg Rally, c’est pour le plaisir avant tout…

Notre Cayenne ainsi équipé ressemble à autre chose qu’un SUV de luxe, il ne lui manque qu’un ski avant aluminium enveloppant et 4 pneus Cooper Discoverer STT en 275/ 65 R 18 pour aller rouler des mécaniques. Le choix des jantes 18’ est simplement dicté par le règlement du GORM et bien plus encore par les gros freins Porsche qu’il faut absolument conserver tel un atout précieux, car efficaces et endurants.

Il ne manquait plus qu’un copilote de talent à Markus. Il choisit son principal adversaire sur le GORM ; Jan Holtz. À 20 ans à peine, Jan (3e sur le podium 2010), ne vit que pour la course et se retrouve face aux Terratrip 202+, GPS Garmin 521 et IMO 100 R Touratech (rappel d’infos mécaniques) avec le roadbook en main et trouve ses marques rapidement. Il ne reste plus qu’à pousser sur le démarreur.

Mais, au fait, le moteur ? Il est tellement évident qu’il y a un monstre sous le capot qu’on l’oublierait presque. En ce qui concerne le V8 de ce Cayenne S, c’est très simple, un petit rappel technique évocateur suffira ; 4,5 litres, 32 soupapes, injection essence, 340 ch, 420 Nm, Porsche…Rien à dire, juste se taire et écouter ! La préparation se résume à deux snorkels de fabrication maison (tubes PVC), peint en rouge et des supports moteur en aluminium plus fiables. Allez, pied sur le frein, on passe sur “Drive“.

Bagnard ? Non, surfeur …

Partir casser du caillou sur les pistes à bord d’un Cayenne ainsi préparé, même entravé par un harnais bien serré, cela n’a rien d’une punition, ni d’une corvée pour bagnard. Après juste une heure passée à bord de cette Porsche, vous vous en doutez, on en redemande déjà.

60 minutes de pur plaisir dans les dunes à faire sa trace, d’inoubliables figures de style façon surfeur motorisé. On en oublie combien cette puissance brute et veloutée à la fois est aujourd’hui prohibée sur nos routes d’Europe. Le potentiel de ce mastodonte (2400 kg) tel qu’il est préparé, n’a d’égal que sa vivacité en off road. Juste concentré sur le volant et la pression appliquée sur le pied droit, la répartition de la puissance signée Porsche privilégiant la propulsion, vous imaginez bien qu’au milieu de ces grands espaces non bordés de glissières de sécurité, exploiter le potentiel de cet ex SUV des villes permet d’assouvir nos instincts les plus joueurs.

Si faire la course à bord de ce prestigieux Cayenne est certainement une autre aventure, 340 ch sous le capot ça simplifie bien les décisions face aux dunes. C’est pied dedans ! Malgré ses mensurations imposantes et un empattement presque handicapant (2,85 m) sur les crêtes ou il a tendance à se poser, le V8 Cayenne S envoie du lourd et vous propulse là-haut quelle que soit la consistance du sable. Un seul reproche peut-être, ceux qui aiment les positions de pilotage dominante se trouveront assis un peu bas. L’autre côté de la dite dune apparaît…Une fois que l’on est dans la pente. Mais là encore, la marge avant le plantage est vaste car on peut compter sur un joli couple constant, sur une large plage d’utilisation.

La gestion embarquée de la pression des pneus n’est en fait qu’un atout pratique (évite de descendre de l’auto). Inutile de jouer en permanence du compresseur. Ça ne sert à rien “d’ajuster“ en permanence, les 3 bonnes pressions classiques restent imposées par les cailloux, le sable et le fech fech. C’est seulement lorsque l’on rencontre ce dernier que le système Téléflow qui permet de dégonfler rapidement peut vous sauver la mise. Mais attention, en contrepartie le buisson, la branche ou le rocher qui traîne au bord de la piste, frôlé de trop près, aura vite fait d’arracher l’un des tuyaux.

Sur piste rapide, on est vite dans les limites du raisonnable tant la sensation de stabilité domine. Si l’on est encore loin des 242 km/h maxi dont est capable ce Cayenne sur route, tenir la cadence imposée par un rallye raid en catégorie T2 n’est pas un problème. Les suspensions assurent efficacement leur rôle sans pourtant offrir un grand débattement. Les freins au-dessus de tout soupçon permettent de réellement piloter sans avoir à se battre avec le volant. Rageur, le V8 soutenu par une motricité parfaite concède encore beaucoup de sensations en courbe surtout lorsque l’on fait le choix de jouer de la boîte Tiptronic “manuellement“… Zone rouge à 6 500 tr/ mn ! Un moment rare à bord de cet athlète. Attention tout de même aux jauges des réservoirs, entre dunes et haut régime, un 4,5 L V8, même muni d’une injection moderne et signée par Porsche, ça devient gourmand. Il n’y a pas que le carburant de plombé, le budget course risque de l’être aussi.

En ce qui concerne la séance d’entraînement Tuareg rally de Markus et Jan, l’aventure qui commença bien dans le peloton de tête, tourna court. En effet, bien classé jusqu’à Merzouga, il semble que l’angle et la position des deux Snorkel ne soit pas idéale pour le désert. Après la seconde étape dans l’Erg Chebbi, le moteur ne tournait plus vraiment de façon optimale. Après examen, il s’avéra qu’il avait absorbé du sable malgré les deux filtres. Les gerbes de sables c’est beau, mais ça reste dangereux pour les mécaniques de précision. Plutôt que d’aller sacrifier définitivement le noble V8, le Team Walcher se retire de l’épreuve. Il faudra trouver la solution rapidement afin de remédier au problème rapidement. Actuellement le Championnat GORM 2012 est dans les starting blocs, mais avant, il y aura la fameuse Baja Saxonnia Allemande. On les reverra à coup sûr les Walcher sur le Dakar ou ailleurs, trop de passion anime cette famille.

En attendant, si rouler Porsche à fond sans risquer de finir au poste de police vous tente, sachez que d’occasion les V8 Cayenne S se négocient aux alentours de 23 000€. Faites vos comptes, avec ce SUV ainsi préparé, le rapport performances/ plaisir/ coût est tout à fait abordable. Un SUV oui, mais sauce pimentée…

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